Et si la peur était comme une allergie ?
Et si la peur fonctionnait comme une allergie ? Découvrez comment l’exposition en TCC permet de se désensibiliser progressivement à l’anxiété.
Chaumeron Valentin
2/25/20264 min lire


Et si la peur était comme une allergie ?
« Et si notre cerveau était allergique à ce qui nous fait peur ? »
La comparaison peut surprendre. Pourtant, elle permet de comprendre simplement un mécanisme central en thérapie : l’exposition.
⚠️ Bien sûr, il s’agit d’une métaphore.
Une allergie est une réaction immunitaire complexe, avec des mécanismes biologiques précis et parfois graves. L’objectif ici n’est pas de réduire la réalité médicale des allergies, mais d’illustrer de manière simple le fonctionnement de l’exposition en thérapie.
Le point commun entre allergie et peur : le déclencheur
Dans les deux cas, tout commence par un déclencheur.
Pour une allergie, cela peut être :
le pollen
les poils de chat
la poussière
etc...
Pour la peur, cela peut être :
parler en public
croiser un animal
prendre les transports
une pensée intrusive
etc...
Quelque chose entre en contact avec nous — ou entre dans notre champ de conscience — et soudain… le corps réagit.
Réactions allergiques :
éternuements
nez qui coule
démangeaisons
etc...
Réactions anxieuses :
accélération du rythme cardiaque
sensation d’étouffement
frissons ou bouffées de chaleur
etc...
Dans les deux cas, le corps se met en état d’alerte, comme s’il faisait face à un danger.
Les comportements de soulagement… à court terme
Face à ces réactions, nous mettons en place des stratégies pour faire baisser l’inconfort.
Pour une allergie :
se moucher
se gratter
prendre un antihistaminique
Pour l’anxiété :
éviter la situation
se rassurer
ruminer
chercher du contrôle
Ces comportements soulagent… mais seulement temporairement.
À la prochaine exposition au déclencheur, la réaction revient.
Pourquoi ? Parce que le corps — ou le cerveau — continue de considérer l’élément comme une menace.
La désensibilisation : comment ça fonctionne pour les allergies ?
Pour traiter durablement certaines allergies, on utilise une technique appelée désensibilisation.
Elle consiste à exposer progressivement l’organisme à l’allergène, de manière répétée et contrôlée. Petit à petit, le corps cesse de le percevoir comme un ennemi et la réaction diminue.
On parle alors d’habituation.
En TCCE : l’exposition
En Thérapie Comportementale, Cognitive et Émotionnelle (TCCE), nous utilisons un principe similaire : l’exposition.
Une émotion ne monte jamais indéfiniment.
Elle :
augmente
atteint un plateau
redescend naturellement
Le corps dispose d’un système d’autorégulation.
L’exposition consiste donc à :
S’exposer progressivement et de manière répétée à ce qui nous fait peur, sans fuir ni éviter, afin de permettre au cerveau d’apprendre que la situation n’est pas réellement dangereuse.
Plus on reste dans la situation sans mettre en place d’évitement, plus l’émotion perd en intensité.
C’est le processus d’habituation.
Les règles essentielles de l’exposition
Comme pour la désensibilisation allergique, l’exposition en thérapie suit des règles précises.
1. Une durée suffisante
L’exposition doit être prolongée.
Elle doit durer au minimum jusqu’à ce que l’anxiété diminue de façon significative (souvent jusqu’à une réduction d’environ 50 %).
Si l’on quitte la situation au pic d’anxiété, le cerveau retient :
« J’ai fui → donc c’était dangereux. »
2. Une progression adaptée
On ne commence pas par la situation la plus anxiogène.
Comme en allergologie, une dose trop forte d’un coup provoquerait une réaction trop intense.
On débute par des situations modérément anxiogènes, puis on progresse étape par étape.
Cela permet de :
développer des compétences de régulation
renforcer la confiance
rendre l’exposition possible et supportable
3. La répétition
Une seule exposition ne suffit pas.
L’habituation nécessite :
de la fréquence
une régularité
des expositions rapprochées dans le temps
S’exposer une fois par mois n’aura pas le même impact que plusieurs expositions dans la semaine.
4. Une exposition complète
Il ne s’agit pas d’être dans la situation… tout en s’en protégeant mentalement.
Éviter subtilement (se distraire excessivement, se rassurer en permanence, vérifier constamment) empêche le processus naturel d’apprentissage.
L’exposition doit être pleine et entière.
5. Une exposition planifiée
L’exposition ne consiste pas à attendre d’être anxieux.
Elle se planifie, comme un rendez-vous.
Il ne faut pas attendre d’être anxieux.
Il faut choisir volontairement d’aller vers ce qui déclenche l’anxiété.
C’est une démarche active.
En résumé : le cerveau peut apprendre
Si l’on reprend la métaphore :
De la même manière que le corps peut apprendre à tolérer un allergène,
le cerveau peut apprendre à ne plus considérer certaines situations comme dangereuses.
La peur n’est pas une fatalité.
Elle est un système d’alerte parfois trop sensible.
Grâce à un travail progressif, structuré et répété, il est possible de se désensibiliser à ses peurs.




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Votre CERVEAU est ALLERGIQUE à la PEUR
